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samedi 27 août 2022

Le Civet

De ses échasses,
La proie,
Contemple du ciel,
Un chasseur grivois.

Et d'un sommeil de plomb,
Des cartouches de plumes,
Font chanter les enclumes,
Et colorent le son...

Des fusils, 
Des accolades...
Dont l'écrit,
Sonne la chamade.

Alors se cachera,
Le soleil sous la brume,
Et l'étoile le bitume,
Découvrira.

Lion,
Forceps, Roi,
Tête en l'air,
Vierge,
Chat sera.

Ainsi de bas en haut,
De haut en bas,
L'ennemi se fait beau,
L'amie se fait reine,
Sans débats,
Sans ébats,
La chasse végétarienne.

Alors le poids cassé,
Légumineuses ?
Ou proies chassées,
Langoureuse !

Le civet !
Le civet !
C'est le loup qui fait mijoter,
Dans une marmite de parfum,
Un traité de paix,
Avec le lapin.

dimanche 21 août 2022

La Zone

J'ai appris en tombant,
Que parfois c'est trop tard,
Qu'il faut dire les choses,
Avant de n'plus pouvoir,
Ce drôle de sentiment,
De cracher du brouillard,
C'est pourtant à qui ose,
Qu'il est permis de voir.

Je n'ai pas trop d'attente,
Juste besoin de savoir,
Car tant qu'elle est vivante,
Il y aura de l'espoir.
Juste envie de montrer,
Quels sont mes désirs,
Cette envie de donner,
Rien que pour faire plaisir,

Elle raconte parfois,
Qu'elle aime sa vie,
Et que le célibat,
Laisse place à ses envies.
Mais si c'est pas trop sûr,
Ou que ça a changé
J'essuie là la bavure,
De n'avoir essayé.

Et si c'est mieux comme ça,
Pas de soucis je respecte,
Je resterai par là,
Encore mieux la connaitre,
En redevenant moi-même,
En restant bon ami,
Jusqu'à mathusalem,
Pour écouter sa vie.

J'irai chercher ailleurs,
Les aubes colorées,
Les jours rieurs,
Les nuits entrelacées.
Je ne suis pas eunuque,
Au diable la chasteté,
Moi je veux vivre des trucs,
Qui deviendront passé.
Absilence (Août 2022)

Les Lacets

Offrir des œillets,
A tous les lassés,
Un peu noués,
Un peu trop, 
Tressés.

Aux lacets, 
Trouver,
Chaussure à leur pied.
Ils ont pourtant, 
Deux, 
Bons côtés,
Si attachants.

Car même entre eux lacés,
Ils peuvent se déplacer,
De petits pas millimètrés,
Et ainsi danser, danser, danser, danser,
Oublier de pleurer,
Ne pas couper l'union.
Danser jusqu'au bout,
S'emmêler les passions,
Et devenir fous,
Alliés
Absilence (Décembre 2021)

mardi 20 avril 2021

Le Pigeon Voyageur (conte)

Sur une toute petite planète en forme de roue qui s'appelait Meridia, un pigeon solitaire vit un jour au loin une mésange bleue et eut une envie inexpliquée d'aller lui parler.
Il tenta en vain d'aller à sa rencontre mais le vent était trop fort.
De toute façon la mésange le regarderait à peine, se disait-il.
Il n'était qu'un pigeon.
Et le pigeon étant un marcheur, il ne pouvait voler assez longtemps pour la rejoindre que si le vent l'aidait.
La mésange s'était arrêtée et semblait faire la belle, perchée sur un toit qui se trouvait à au moins un kilomètre (à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent.)

Alors qu'il essayait encore, et encore, et encore, de braver le vent, une hirondelle de passage le contempla un moment, s'amusant de ses déboires.
Une fois qu'elle eut suffisamment ri, elle alla à sa rencontre et lui demanda:
-Que fais-tu ?
-Je souffre d'un bien grand mal, bien trop grand pour un petit cœur d'oiseau comme le mien, et j'ai la conviction intime que ça ira mieux si je vais vers ce toit, qui se trouve à un kilomètre à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent.
-Tu es amoureux ?
-Non, mentit à moitié le pigeon, simplement curieux. Je ne peux pas tomber amoureux, je suis sale et je ne mange que des déchets et des restes. 
-Pouaaah, fit l'hirondelle, pourquoi fais-tu cela?
-Parce que c'est ce que font les pigeons. Ce que j'aime c'est faire rire les enfants en marchant bizarrement. Le reste m'importe peu. Sauf d'aller sur le toit, à un kilomètre à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent, mais ça c'est très récent.
-J'en reviens de ce toit, il n'a vraiment rien d'extraordinaire. Seulement une mésange crâneuse, qui reste devant la girouette depuis des mois, juste pour se faire regarder. Elle sait que le vent ne tourne plus depuis de nombreuses années.
Que se passerait-il si tu devais quitter la ville? Où il n'y a pas de restes et de déchets ?
-Je ne sais pas, je ne me suis jamais demandé ça ! Je pense que je serai dérouté.
-Les oiseaux ne peuvent être déroutés, nous avançons à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent, nous n'utilisons pas les routes compliquées des hommes. Tout ce que nous faisons est droit. On fait, ou on ne fait pas.
-Je suis bien dans la ville, c'est chez moi, je m'y plais.
-C'est étrange de se plaire dans un lieu où l'on ne peux faire un petit kilomètre à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent pour se soulager.
Le pigeon se tut un instant.
-Mais j'ai peur.
-Peur de quoi ?
-Comment faire et que faire ?
-Le vent t'aidera, et peut-être trouveras-tu des enfants tristes sur ta route.
-Mais comment ferais-je pour revenir?
-Le vent tourne, parfois.
Sur ces mots, le pigeon resta un instant pensif, fit volte face et partit.
L'hirondelle lui dit au loin tout en battant des ailes :
"Un conseil, va tout droit, comme un oiseau sait si bien le faire quand il se déplace à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent. Et goûte moi ces magnifiques vers de terre de Bransorre, tu m'en diras des nouvelles quand tu reviendras."

L'hirondelle alla voir la mésange.
-Que fais-tu ?
-Personne ne me regarde jamais alors, je reste près de l'oiseau métallique. Lui me regarde.
-Mais il te regarde car tu te mets devant lui.
-C'est vrai, je lui force un peu la main, mais je suis certain qu'il apprécie.
-C'est possible, tu es une très jolie mésange bleue, mais il ne te regarde pas vraiment, il regarde les enfants tristes, car les enfants tristes n'ont rarement d'autres choix que d'avancer le vent dans le dos.
-Alors je lui tiendrai compagnie. Ça ne doit pas être drôle de regarder des enfants tristes, de dos de surcroît, tous les jours. Quel intérêt de regarder un enfant si l'on ne peut voir son visage, ou son sourire.
L'hirondelle décida qu'elle s'était trompée sur le compte de la mésange bleue. Elle lui répondit tout simplement :
-C'est bien, il faut rester avec lui alors. Même si tu risque de devoir beaucoup te déplacer ces prochains jours pour rester devant lui.

En effet, le pigeon, quant à lui, suivit les conseils de l'hirondelle et alla tout droit et très loin, il vit des déserts, des rivières, des pyramides, et goûta de nombreux vers de terre succulents. Il ne pourrait plus jamais manger les déchets et les restes des villes. Il voulait raconter tout ça à l'hirondelle, et la remercier. A la mésange bleue aussi évidemment. Mais il ne savait toujours pas se déplacer à vol d'oiseaux-qui-savent-voler-contre-le-vent ! Il continua alors à se nourrir de vers de terre et surtout de découvertes. Un jour sur sa route, il vit un enfant triste, il se rappela alors de la ville, et marcha bizarrement à coté de lui. L'enfant rit très fort, se retourna, et le vent changea instantanément de direction ! Il ne pouvais plus avancer et se trouvait embêté. Puis il réalisa qu'il n'avait qu'à faire demi-tour ! Qu'il allait pouvoir tout raconter à l'hirondelle, et même rejoindre le toit, le vent dans le dos. 

Mais sur le chemin du retour, il croisa un autre enfant triste, et se dit qu'il ne pouvait le laisser ainsi. Il marcha alors bizarrement à côté de lui et ce dernier rit très fort également. Le vent changea de nouveau de sens et le pigeon repartit alors en direction de nouveaux vers de terre, de nouvelles découvertes, et de nouveaux enfant tristes. Quand il n'y eu plus d'enfant triste sur tout le méridien, le pigeon était bien embêté. En effet, il semble que les enfants tristes étaient en nombre impairs. Il se trouvait donc dos à l'hirondelle et à la mésange bleue.. 
Il vit un enfant joyeux entrain de jouer, et hésita à lui envoyer un guano sur son tracteur en plastique afin de le rentre triste et ainsi marcher bizarrement une dernière fois. 
Mais il n'en eu pas le cœur. Alors il avança, et gouta encore plus de vers de terre succulents.

Le pigeon n'avait pas bien étudié les leçons de géographie à l'école. Il finit donc sans le savoir, par faire le tour de Meridia, et arriva dans sa ville.
Mais il ne s'en rendit pas compte. Il ne l'avait pas reconnu car il avait des yeux nouveaux. Il lui semblait avoir quitté une ville où il n'y a rien à découvrir et où l'on mange des restes et des déchets.
Il arriva dans une ville ou il découvrit des parcs, des enfants, des bacs à vers de terre en ribambelle.
Il entendit une voix qui l'interpella:
-Tu vois, tu as réussi.
C'était l'hirondelle.
-C'était facile, je suis allé dans le sens du vent.
-Non, tu es allé contre le vent.
-Que veux tu dire ?
-Tu es un pigeon, tu aurais pu marcher en faisant rire les enfants jusqu'à dépasser la maison où se trouve le toit. Tu te serais alors retrouvé dos au vent pour voler jusqu'en haut de ce dernier.
-Que je suis bête, de n'y avoir pensé !
-Tu ne voulais pas y penser. Regarde où nous sommes.
-Mais c'est vrai nous sommes sur le toit, je reconnais la girouette.
-Oui, répondit une petite voix, et une mésange bleue apparut de derrière l'oiseau métallique.
Le pigeon la regarda si longtemps que la mésange bleue devint violette.
Apres un moment, un peu gênée mais dans le bon sens du vent, elle lui dit :
-Je viens de me mettre à dos la girouette. Elle ne peut plus me regarder, mais ce n'est plus très grave maintenant que tu es là. Tu veux danser ? J'ai appris tout récemment malgré moi en faisant une multitude de petits pas cadencés pour me replacer devant la girouette. Elle n'a cessée de changer de sens ces derniers mois !
-Excuse moi répondit-il, je veux danser avec toi mais je viens de penser que je dois aller faire quelque chose avant. Il faut que j'aille faire rire les derniers enfants tristes de Méridia, ceux qui se trouvent sur le kilomètre qui jadis nous séparait.
-Mais tu vas faire changer le vent de direction. Comment reviendras-tu s'ils ne sont que deux ou quatre ou six ou huit... ?
-Je marcherai au risque de faire rire des enfants pas triste. J'ai fini de jouer avec le vent. J'ai trop manger de vers de la terre, ils me font des papillons dans le ventre on dirait. et je souhaite maintenant passer du temps avec toi et mon amie l'hirondelle pour vous raconter mes voyages.
Il partit, laissant l'hirondelle, la mésange et la girouette.
Tout à coup, la girouette prit vie et se métamorphosa en un Coq de chair et de plumes. Il était essoufflé, comme s'il avait fait deux volathons.
-Il n'y a plus d'enfant triste, dit-il en reprenant sa respiration, je ne sais plus où souffler pour les aider à avancer.

Le vent cessa donc de souffler, et le pigeon n'eut aucun mal à rejoindre ses amis. Tous les quatre se racontèrent leurs joies, leurs découvertes, leurs peines, leurs aventures, leurs envies. Et parfois même, ils allèrent sillonner Meridia juste pour le plaisir de faire rire des enfants déjà heureux...
Absilence (Février 2013)

dimanche 21 février 2016

Les Rideaux

Iris
Paupière
Éclipse

Iris
Paupière
Éclipse

Iris
...

Je m'endormais à moitié devant un film quelconque, complètement nul en fait mais c'est pas important, et je me suis demandé si dans la vie c'est comme dans le cinéma. Est-ce que les gens meurent les yeux grand ouvert afin qu'un protagoniste, souvent le héros, puisse les refermer avec ses doigts, en gros plan cadré sur le visage apaisé du défunt.

Je me suis dit qu'à l'heure de mourir, j'aurai tellement peur, que mon premier réflexe sera de fermer les yeux, en attendant que ça se passe. Même si elle frappe par surprise, je pense qu'il ne me faudra pas plus d'un quart de seconde pour fermer les yeux. Et que ça m'aidera beaucoup, que je n'aurai qu'à me dire que c'est comme aller se coucher un peu malade, que ce n'est pas grave, que la douleur ne sera plus lorsque je les rouvrirai après une bonne nuit de repos.

Je me suis dit que les yeux, c'est une peu la partie inaliénable de notre corps. Que seule la mort les altère et que c'est peut-être pour ça qu'on ferme les yeux des morts ; afin de garder un souvenir impérissable, représentatif de toute une vie, avant que le voile ne s'installe.


Car en prenant une minute pour penser à tous ces gens très proches, qui devant moi ont traversé les années, je me suis rendu compte qu'ils sont tous passés par plusieurs coiffures ou codes vestimentaires selon les modes et les envies.
Qu'ils ont gagné ou perdu, ou gagné puis perdu, un peu de poids, ou qu'ils ont pris quelques rides, ou quelques idées.
Qu'ils ont traversé des moments de joie ou des moments plus difficiles qui ont rendu leurs visages tantôt lumineux, tantôt moribonds. Que certain se sont affaissés, que d'autres se sont aguerris. 

Et j'ai pensé à mon père qui à bientôt soixante piges a toujours les mêmes, les mêmes yeux.
Ils sont toujours bleus. Il y a aussi toujours un peu de noir, un peu de blanc.
Ils font toujours la même taille et surtout, ils regardent toujours de la même façon. Que ce soit moi, mes frères et sœurs, ma mère. Je vois toujours ce mélange de fierté et d'inquiétude que la langue n'arrive pas à exprimer. Et ça suffit. Ça rassure aussi, car ça ne changera pas en fait.

J'ai compris à cet instant que les yeux, ça ne vieillit pas.

Et que ça ne ment pas non plus.

D'ailleurs les paupières, c'est un peu comme des rideaux.
Ça nous permet de ne pas voir quand il pleut dehors, à l'heure où nous sommes réchauffés par notre intimité. 
Ça nous protège aussi des regards indiscrets qui pourraient être les témoins du désordre qu'il y à l’intérieur de notre maison, ou de nous-même.

Oui, comme des rideaux, car rien n'est aussi brut que la lecture des yeux pour qui veut les lire.
Qu'ils soient secs, humides, plissés, rieurs, circonspect, et j'en passe... Il y  toujours dans les yeux une vérité, permanente et instantanée à la fois, qui vous trahit en chaque instant.

Tout comme Arno, je vois toujours une lumière, dans les yeux de ma mère. Et pour éviter de la voir s'éteindre cette lumière, je préfère baisser le rideau, pour qu'elle n'ait pas à le faire.

Iris
Paupière
Éclipse
Absilence